Désarroi = nom masculin. Trouble, confusion de l'esprit (ex : "Depuis un an, et après deux échecs contre le Père Noël, je suis en plein désarroi").
Haine = nom féminin. Sentiment violent qui pousse à désirer le malheur de quelqu'un ou a lui faire du mal (ex : "J'ai une haine profonde et grandissante envers le Père Noël").
Vengeance = nom féminin. Donner à quelqu'un une compensation morale pour l'offense qu'il a subie, pour le mal qu'on lui a fait, en châtiant l'offenseur, l'auteur du mal. (ex : "Je jure devant Dieu que ma vengeance envers le Père Noël aura lieu tôt ou tard, et qu'elle sera terrible")
Ces trois termes tournaient dans ma tête comme une valse de colère. Depuis maintenant deux ans, suite à deux échecs consécutifs, j'avais la ferme intention de contredire la maxime "jamais deux sans trois". Comment mon plan diabolique pouvait échouer cette fois-ci, alors que j'avais tout planifié jusqu'au moindre détail ?
Jetant avec passion et avec un rire malsain des bûches dans le cheminée, j'avais dans l'idée de bloquer l'accès de mon sapin par le vieux bougre (nommé Père Nowel dans mon école spé... Bref, vous le savez maintenant !). A moins que son derrière soit du téflon, il allait bien devoir trouver un autre chemin pour déposer ses cadeaux. Mais mes desseins n'étaient pas tant de lui bloquer l'accès que de le forcer à passer par la porte d'entrée !
J'avais pris le soin de laisser la porte entrouverte (provoquant, du même coup, une chute de température dans la maison... Oui mais bon, on ne peut pas réellement s'occuper de tous les détails ! >_<) avec un joli paillasson fraîchement acheté où il était écrit "Joyeux Noël" dessus (Gnark gnark gnark). Si avec cela je n'arrivais pas à appâter ce vieux renard barbu, si avec cela je n'arrivais pas à lui faire croire que je déclarai forfait, si avec cela je n'attirais pas les chats quipissentsurmonpaillassontoutneufmaisdégagezsaloperiedematous !! >_<
Revenons à ce qui nous intéresse, car la volonté de faire entrer Papy Nowel par la porte plutôt que la cheminée n'est pas anodin, vous vous en doutez.
Sur la poignée de la porte d'entrée se trouvait une ficelle qui était reliée à la poignée du petit placard situé près de la porte d'entrée qui renfermait d'innombrable pics à brochette non mortelles mais bien pointus quand même et prêts à attaquer toute personne ayant la maladresse de titiller l'ouverture de la porte d'entrée. Mais sur la poignée du petit placard se trouvait aussi une ficelle qui était reliée à un sceau situé au-dessus de la porte d'entrée et prêt à ébouillanter grâce à son eau chaude (de chez chaude) quiconque aurait la chance (quoique improbable) d'échapper aux attaques des pics à brochette du petit placard. Mais sur le sceau se trouvait également une ficelle qui était reliée à un fusil tranquillisant pointé vers le petit placard et prêt à endormir quiconque aurait la chance (ultime qui-tue-tout) d'échapper à l'attaque des pics à brochette du petit placard et à l'attaque du sceau remplit d'eau bouillante situé au-dessus de la porte d'entrée...
Vous êtes toujours avec moi ? Car tout cela vous semble probablement compliqué mais c'est juste à cause d'une subtile description exagérée qui me permet de vous faire croire que toute cette installation découle du génie qui sommeille en moi (alors qu'au fond, soyons franc, ce ne sont que trois bouts de ficelles...).
Bref, après avoir neutralisé ce vieillard enrobé, je l'attacherai à une chaise (avec une corde, pas de la ficelle) et je lui poserai enfin toutes ces questions que je n'ai pas pu lui poser jusqu'à maintenant (cf. l'article "Kidnapper le Père Noël - Année 2006 -"). Je compte bien évidemment sur sa coopération pour m'éviter à avoir à le torturer durant des heures. Si vous vous demandez ce que je ferai du Père Noël une fois qu'il aura répondu à mes questions, il vous suffira d'attendre le matin de Noël pour vérifier si vous avez reçu ou non vos cadeaux sous le sapin. Une manière claire et originale de signaler au monde entier la mort de ce vieil ours des neiges, vous ne trouvez pas ?
Assis chaudement devant la cheminée (il fallait bien que je contre le froid de canard qui s'engouffrait par la porte d'entrée entrouverte, quand même !), j'avais une batte de base-ball à la main, au cas où mon piège ne se renfermerait pas sur le barbu aux couleurs vives. J'attendais patiemment, quoiqu'un peu stresser par la réussite ou non de mon plan (l'orgueil ne fonctionnant généralement pas plus de quelques jours). Les yeux injectés de sang, je supposais mille et un scénarios possibles, jusqu'à délirer en m'imaginant le Père Noël en train de pénétrer par la fenêtre tel un G.I. Joe (en d'autres termes, en cassant la vitre et muni d'un bazooka). Je laissai échapper un petit rire nerveux avant de me concentrer de nouveau.
23h54. L'heure était venue. Je regardais par la fenêtre mais la nuit m'empêchait de voir clairement la neige qui ne cessait de tomber depuis le début de la matinée. Inutile pour moi de me munir de lunettes protectrices cette année, après une grenade aveuglante et une bombe lacrymogène, il ne faisait aucun doute que le Père Noël allait utiliser d'autres armes, si toutefois il se doutait que j'allais l'attaquer cette année, au vu du message accueillant se trouvant devant ma porte d'entrée. Mais bon, n'étant jamais assez prudent, je m'étais vêtu d'une protection de fortune à base d'un manteau en poil de ***** (censure obligatoire pour ne pas attiser la rage des défenseurs des animaux) ainsi que d'un bonnet cache oreille et des moufles. En toute franchise, il m'aurait suffit que je sois à quatre patte pour qu'on puisse me confondre avec un saint-bernard. Mais là où la ressemblance s'arrêtait, c'était que moi je ne distribuais pas d'alcool, mais de violents coups de batte de base-ball sur la tête du premier inconscient qui avait l'audace de m'approcher.
23h59. Toujours aucune présence du vieux schnock. Etrange. Lui qui avait pris l'habitude de venir un peu avant minuit...
C'est alors que j'entendis un craquement, celui de la porte d'entrée qui s'ouvrait. Le premier piège s'enclencha, mais aucun cri ne se fit entendre. Ce grand-père avait-il anticiper mon attaque en entrant en rampant ?
Le second piège se déclencha et ma crainte disparut. Je l'entendis hurler, bien que sa voix me parût pour le coup aiguë et juvénile. Je me levai et me précipitai vers la porte d'entrée alors que le troisième piège s'activa. J'entendis cette fois une légère agonie suivi d'un ploc, celui d'un corps qui tombe par terre, bien que ce ploc me parût trop léger au vu de la corpulence de ce vieillard au sourire omniprésent. Était-ce sa tunique rouge et blanche qui avait amortie sa chute ? Et pourquoi j'entendais toujours ses hurlements suite au second piège (l'eau bouillante) alors que le troisième piège était censé le faire plonger dans un joli rêve ?
Arrivé devant le lieu des tortures, ma batte de base-ball me lâcha des mains et j'eus le souffle coupé en voyant non pas la mais les deux victimes. Avant même que ce soudain choc ne cesse et que je prenne conscience de ce qu'il y avait devant moi, j'entendis du bruit venant de la cheminée. Mais je n'eus pas le temps de réagir, une épaisse couche de neige venait de tomber sur le feu, plongeant la pièce dans le noir. Seuls les rayonnements lunaires perçaient ma fenêtre, me permettant de distinguer quelques formes. C'est ainsi que je vis non pas un, ni deux mais trois créatures descendre par la cheminée. Mais qu'est-ce que... Hmpf...
Pourquoi avait-il fallu que je lâche cette batte de base-ball ? Ce fut la dernière pensée que j'eus avant de tomber dans les vapes.
Allongé par terre, j'ouvris lentement les yeux. La pièce était allumée et je pus enfin prendre conscience de la nature de mes ravisseurs. Mes mains et mes pieds étaient immobilisés par ce qui ne pouvaient être que les sbires du vieux bouc, les lutins verts.
L'un d'eux, légèrement différent des autres, s'avança vers moi. Je le reconnu. Malgré son visage parsemé de cloque (dû à l'action du second piège), il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait du lutin que j'avais eu la malchance de blesser l'année dernière (cf. l'article "Kidnapper le Père Noël - Année 2007 -". Ça va vous en faire de la lecture ! ^_^).
- Oh... Oh...
Étrangement, le lutin me répondait avec la voix d'un parrain de la mafia :
- Oui, tù pé lé dire, misérable mortel !
- Bon, écoutez-moi, c'était un accident, d'accord ?
- C'est ça, tù té prends au chef dé lutins deux fois dé suite et tù oses dire qué c'est un accident ?
- Mais je n'ai rien contre vous, je ne voulais pas vous faire mal... C'est le Père Noël que...
- ... Tù vas laisser lé patron tranquille maintenant !
- Je... Ce n'est pas aussi simple...
- Oh qué si... Et nù allons t'aider à réconsidérer tù macabre fixation...
Le chef des lutins, comme il le proclamait, claqua des doigts. C'est alors qu'un autre lutin vint vers lui, en traînant un sac comme s'il s'agissait d'un cadavre. Le chef des lutins ouvrit le sac, et en extirpa des biscuits, d'innombrables biscuits.
- Euh... Qu'est-ce que vous allez faire ?
- Mé z'amis, yé crois qué l'heure est venue dé gaver lé canard !
Les autres lutins acquiescèrent, le regard malicieux, en poussant des petits rires diaboliques.
- Gloups... Détrompez-vous, vous n'obtiendrez aucun bon foie gras avec moi...
Le chef des lutins posa son petit derrière sur mon torse, prit un biscuit entre ses petites "mimines" et me sourit.
- On va té maintenir... On va bien té maintenir à l'horizontal, comme ùné bûche et on va dùcement té gaver comme ùne oie... Alé... On ouvre grand la bouche pour qué lé soucoupe volante pisse atterrir...
Serrant mes lèvres à me les faire saigner, je hochais la tête de gauche à droite, refusant catégoriquement de me plier aux exigences du gnome mafioso. Ce dernier fronça les sourcils et prononça un mot dans un dialecte inconnu. L'un des lutins monta alors sur mon ventre et sauta dessus comme sur un trampoline avant de faire un saut de l'ange pour s'attaquer au seul testi... qui me restait. Prit par une violente douleur, j'hurlai et le chef des lutins en profita pour enfoncer le biscuit dans ma bouche.
- Alé mange, mon coco... Alé mange ! Et joyeux Noël !
- Scronch... Alède... Scronch... Edémoa... Scronch...
Les rires sataniques des lutins allaient me rendre peu à peu fou à lier. C'est alors que je l'entendis. La lumière de la pièce vira subitement au bleu pale, comme pour accompagner son arrivée. Je voulais tourner la tête pour enfin voir le visage du Père Noël, celui qui avait eu l'audace de tourmenter mes nuits depuis maintenant plus de deux ans (avec l'éternelle question : Pourquoi ne buvait-il pas le verre de lait et ne mangeait-il pas le biscuit qu'on lui offrait en entier) mais un des lutins posa délibérément son popotin sur ma tête, pour m'éviter de le voir. Je ne pus entendre que brièvement la voix du vieillard (à la fois grave et posée) ainsi que les excuses du chef des lutins qui justifiait ses actes en disant que c'était de ma faute, que je l'avais piégé et qu'un de ses frères était toujours inconscient après avoir reçu une fléchette, provenant de mon fusil tranquillisant, en plein milieu du front. Puis il se mit à s'énerver et parla de nouveau dans un dialecte inconnu, dialecte que le Père Noël n'avait visiblement aucune difficulté à comprendre.
J'essayais de profiter de cette occasion, bien que ce soit moi qui sois prisonnier au lieu du vieux barbu au rire exaspérant, pour poser mes nombreuses questions restées sans réponses. Malheureusement pour moi, seuls des étouffements se faisaient entendre à travers le popotin du lutin.
Le pas lourd du Père Noël me fit comprendre qu'il s'approchait de moi, et je sentis la fraîcheur de sa main se poser sur mon front, avant de plonger soudainement dans un long sommeil.
Quelques heures plus tard, je me réveillai en sursaut. Ma tête était lourde, et je n'arrivais plus à distinguer le rêve de la réalité. Avais-je vraiment attaqué les sbires du Père Noël ? Avais-je vraiment eu la chance de le rencontrer ? Avais-je vraiment le cul d'un lutin posé sur mon visage ?
Il me fallut une bonne dizaine de minutes avant de reprendre entièrement mes esprits, et je pus alors découvrir près du sapin des cadeaux qui m'étaient destinés.
Une nouvelle manche venait d'être remportée par le Père Noël... Mais un jour, je gagnerai... Oh oui, un jour je mettrais un terme à cette guerre ! >_<
Rendez-vous à Noël 2009 pour la suite de mes aventures !
Bonus de fin : Je ne fus que moyennement surpris de découvrir un biscuit à moitié mangé dans la cuisine, vu que les lutins en avaient à profusion dans leur sac. Mais qui aurait pu croire que je trouverai un verre de lait à moitié bu, alors que j'avais fais exprès de ne pas en acheter cette année ? C'est du sadisme ou je ne m'y connais pas !
- Francis -