Nouveau délire n'est pas forcément synonyme de délirant, vous allez vite comprendre...
Sommes-nous réellement conscients de la notion du temps ? Pas vraiment, je pense. Nous vivons un train-train quotidien parfois lassant, une routine écrasante. Certains convoitent le week-end pour le temps libre qui leur est accordé, d'autres sont pressés de reprendre la semaine pour des raisons personnelles. Mais cet empressement que nous vivons au jour le jour nous fait oublier que chaque seconde que nous sommes si friands de voir s'écouler ne se renouvellera jamais.
Bien sûr, les saisons forment une boucle continuelle, les opportunités sont multiples, les semaines se renouvellent incessamment tous les sept jours, mais nous ne profitons jamais réellement du temps.
Certains parlent de "prendre son temps", "d'avoir le temps", "de perdre du temps", mais c'est une pensée permettant de ne pas faire face à cette réalité : on subit le temps !
Pourquoi se cacher cette vérité ? Car, à mon sens, l'être humain essaye de tout contrôler, d'avoir toujours plus de libertés, et le temps est une véritable variable frustrante car incontrôlable. Tout bouge, tout se transforme, tout évolue autour de nous. Nous sommes régis par cette réalité et nous ne pouvons rien y changer.
Bien sûr, l'Homme a essayé d'être au-dessus de cette soumission en hiérarchisant le temps (des années, des saisons, des mois, des semaines, des jours, des heures, des minutes, des secondes...) mais c'est bien là la seule chose qu'il lui a été possible de faire.
Salvador Dali montre en 1931, à travers un tableau, la complexité de notre conception du temps et de son "élasticité", qui change selon notre subjectivité et nos humeurs (La persistance de la mémoire => cf. photo ci-jointe). Et si, en plus de ce caractère symbolique, il avait voulu montrer par la mollesse de ces montres que le temps était insaisissable ?
Revenons à l'être humain et prenons un exemple que l'on vit individuellement : l'enfance. Quelque soit la valeur que chacun d'entre-nous attache à ses souvenirs (qu'ils soient douloureux ou heureux), on ne peut pas réfuter l'ignorance dans laquelle on vivait lorsque nous étions jeunes. Pas ou peu de responsabilités, aucune inquiétude concernant notre avenir, l'unique véritable préoccupation étant de voir nos amis, de regarder notre série télé, de pratiquer tel ou tel sport, de jouer à tel ou tel jeu, etc.
Les années passent, le regret se fait de plus en plus grand, et on devient nostalgique. Pourquoi ? Parce que les responsabilités que l'on nous imposent une fois notre majorité passée ne sont pas toutes agréables, les droits et les devoirs qui font de nous des citoyens sont souvent insuffisants ou parfois même frustrants, et les problèmes de la société et/ou familiales et/ou amicales que nous rencontrons font très vite partie intégrante de notre vie. On n'est plus spectateur mais acteur de la société !
On finit donc par être pressé de tout et de rien (du week-end, d'un jour-J, d'un événement particulier) et on regrette cette ignorance infantile, ce monde immature et féerique dans lequel on baignait comparé à la dure réalité du monde extérieur. Et passée la nostalgie, c'est la notion du temps qui nous apparaît.
On prend en effet conscience de ce qu'on a vécu et qu'on ne vivra plus (tout événement, même si la nature de l'un peut ressembler à celle d'un autre, est indéniablement vécu et perçu différemment pour l'individu concerné). On ne revit jamais une expérience de manière similaire ! Alors apparaît dans notre conscience cette réflexion du temps.
Parlons donc de cette réflexion du temps et, pour appuyer mes propos, utilisons un exemple concret comme la lecture même de cet article. Combien de temps vous a-t-il fallu pour lire jusqu'ici ? Combien de secondes, de minutes se sont écoulées et s'écoulent encore derrière vous sans que vous n'y prêtiez attention, et que vous ne vivrez plus ? Ce dimanche 30 Mars 2008 que nous vivons actuellement est une journée somme toute banale pour la plupart d'entre-nous, mais qui prend toute sa valeur lorsqu'on a conscience qu'on ne vivra plus jamais CE dimanche 30 Mars 2008. Demain, ce jour ne deviendra plus q'hier, et dans un mois (tout au plus), il sera révolu.
D'un point de vue biologique, chaque seconde vécue est une seconde en moins dans notre espérance de vie. C'est une vérité que personne n'ignore. Nous passons, par ailleurs, un tiers de notre vie à dormir. Qui plus est, notre corps, passé la seconde décennie de notre vie il me semble, est en perpétuelle dégradation.
Malgré cette touche assez déprimante, j'aimerai attirer votre attention sur un point précis, sur celui que j'essaye d'amener par le biais des paragraphes précédents, pour peu que vous ayez été sensibilisés.
Le point, le voici : Et si nous vivions chaque seconde de notre vie comme si c'était la dernière que l'on vivait ? Pourquoi attendre la perte d'un proche, la séparation d'un objet pour prendre conscience de la valeur qui s'y cachait ?
Je ne prétends pas vous apprendre quelque chose dans cet article, beaucoup de personnes y ont déjà songé jusqu'ici. Je ne prétends pas non plus vous donner une leçon de morale. Je rappelle seulement ce qu'on a trop tendance à oublier, un oubli causé par notre rôle dans cette société capitaliste où le temps est compté comme de l'argent. Un oubli en d'autres termes fatal quand on y pense car nous parlons ici de profiter de notre espérance de vie. Profitons de chaque moment de notre vie. Je ne parle pas du travail ici, de notre état de salarier (ou futur salarier) aux yeux de la société mais de tout ce qui nous fait sentir en vie. Manger un chocolat en période de Pâques est assez anecdotique dans notre vie d'occidentaux, mais pour peu que l'on mette dans un coin de notre tête nos problèmes, la réalité frustrante de la société et que nous nous concentrions sur chaque seconde qui s'écoule lorsque nous mangeons un chocolat, je peux vous assurer que ces secondes peuvent devenir de véritables secondes de bonheur. Elles ne sont plus des secondes qui amènent les minutes, mais une multitude de microsecondes uniques et merveilleuses à vivre.
Et lorsqu'on peut prendre conscience de ces petites choses qui nous rendent heureux, comme manger un chocolat, alors que dire lorsqu'on les partage avec les personnes qu'on aime ? Ce sont de véritables trésors qui n'ont aucun prix.
Nous ne pouvons pas contrôler le temps, c'est une réalité. Mais au lieu d'ignorer le temps, de vouloir le prendre, de l'avoir ou de le perdre, de vouloir être pressé de vivre tel ou tel instant, nous pouvons tout simplement faire de notre vie, dès maintenant, une multitudes de petites expériences qui ont valu et valent le coup d'être vécus et partagés.
Il est difficile selon nos contraintes sociales, psychologiques, ou que sais-je encore, d'exploiter cette réflexion du temps continuellement dans notre vie, je le conçois. Mais nous regrettons sans cesse certains passages de notre passé (et c'est souvent d'ailleurs l'enfance que l'on convoite en occident).
Faut-il attendre d'avoir un handicap, de se séparer de quelque chose, de devenir inapte avant de profiter de la liberté que la vie nous offre ?
Oui, le compteur de notre espérance de vie est lancé depuis notre conception. Devons-nous pourtant rester insouciant et vivre comme un simple citoyen, comme une fourmi travaillant pour une reine nommée mondialisation ? Ou plutôt savourer chaque instant, aussi éphémère soit-il, que la vie nous offre pour vivre sans regret ?
Mon discours peut paraître quelque peu marginal et individualiste, parce qu'il amènerait à penser qu'il faut laisser nos contraintes sociales derrière nous pour vivre heureux. Laisser, tous autant que nous sommes, la société gérer les problèmes à elle seule (et inévitablement l'amener à s'autodétruire car une société sans groupe n'est plus une société). Mais au vu de notre éducation, de nos influences sociales, économiques et culturelles, il est impossible d'être marginal, quelque soit le discours que l'on tient ! Le marginal est celui qui vit dans la nature, qui se refuse de vivre en groupe. Je ne pense pas être (complètement) individualiste, et encore moins marginal. Je pense simplement que partager mes idées avec vous par le biais de cet article amènerait, peut-être, certains à concevoir différemment leur vie, et plus particulièrement leur mode de vie.
J'espère que tous ceux qui liront cet article ne l'oublieront pas une fois la lecture terminée, mais peut-être est-ce trop égocentrique de ma part de penser cela.
Pour relativiser un peu mon discours, pour ceux qui croient toujours que le message que je veux passer est : "vivons individuellement", j'aimerai insister sur un dernier point. Une des choses, je pense, qui nous effraie dans la mort, c'est la sensation de ne pas avoir le temps de tout faire. Mais si chacun de nous faisions en sorte d'accomplir nos rêves ou de permettre aux autres de les accomplir, de profiter de chaque instant de notre vie en rendant heureux son entourage tout en se préoccupant de son propre bonheur, on aura sans nul doute la sensation d'avoir accompli de grandes choses à petite échelle et l'idée de mourir ne nous semblerait plus une fatalité.
La vie est un cadeau offert par la nature. Même si parfois elle est injuste ; même s'il faut finalement survivre que vivre ; bien que nous soyons régis par le temps et, à plus petite échelle, la société ; bien que nous soyons qu'un minuscule atome de l'univers, nous sommes tous unique et nous méritons de profiter de chaque grain de sable dont est composé ce sablier du temps gigantesque, universel et à la base même de l'évolution.
- Francis -